1. Événement d'Halloween 2019

    Oserez-vous nous rejoindre pour l'événement d'Halloween 2019 ?
    Cette année, pour Halloween, nous avons transformé l'habituelle série de quêtes des années précédentes en un événement monstrueux à part entière avec de superbes récompenses ! Pour plus de détails, vous pouvez cliquez ici !
    Rejeter la notification
  2. Améliorations de la GcG

    D'importants changements sont prévus concernant la GcG ! Plus d'informations ici !
    Rejeter la notification
  3. Mise à jour 1.163

    Forgiennes et Forgiens,
    La mise à jour 1.163 aura lieu le mercredi 16 octobre. Comme d'habitude, il y aura une courte interruption des serveurs pendant la mise à jour et nous vous prions de nous excuser pour ce petit désagrément.
    Pour une description détaillée des changements à venir, veuillez cliquer ici.
    Rejeter la notification
Rejeter la notification

Au plaisir des yeux...

Discussion dans 'Détente' démarrée par Thorswall, 15. Oct 2018.

  1. Lyuba

    Lyuba Laborantin

    Inscription:
    23. Déc 2018
    Messages :
    91
    "J'aime" reçus :
    2.021
    Inédit

    Ainsi coulent les saisons,
    s’évanouissent les mirages,
    s’effritent les désirs.
    Mais derrière les futaies
    quand le fleuve épouse le ciel
    à quoi bon se retourner ?
    le paysage se délite,
    la vie maraude quoi qu’on veuille
    .

    Devant soi on mesure
    cette étendue de terre
    bleuissant dans le soir
    et que l’on sait
    ne jamais rejoindre,
    comme une voix se perd
    dans les sous-bois
    et n’appartient à personne.
    Max Alhau
     
  2. kyhd

    kyhd Chevalier

    Inscription:
    17. Mar 2018
    Messages :
    176
    "J'aime" reçus :
    1.638
    La Chevelure

    O toison, moutonnant jusque sur l'encolure!
    O boucles! O parfum chargé de nonchaloir!
    Extase! Pour peupler ce soir l'alcôve obscure
    Des souvenirs dormant dans cette chevelure,
    Je la veux agiter dans l'air comme un mouchoir!

    La langoureuse Asie et la brûlante Afrique,
    Tout un monde lointain, absent, presque défunt,
    Vit dans les profondeurs, forêt aromatique!
    Comme d'autres esprits voguent sur la musique,
    Le mien, ô mon amour! nage sur ton parfum.

    J'irai là-bas où l'arbre et l'homme, pleins de sève,
    Se pâment longuement sous l'ardeur des climats;
    Fortes tresses, soyez la houle qui m'enlève!
    Tu contiens, mer d'ébène, un éblouissant rêve
    De voiles, de rameurs, de flammes et de mâts:

    Un port retentissant où mon âme peut boire
    A grands flots le parfum, le son et la couleur;
    Où les vaisseaux, glissant dans l'or et dans la moire,
    Ouvrent leurs vastes bras pour embrasser la gloire
    D'un ciel pur où frémit l'éternelle chaleur.

    Je plongerai ma tête amoureuse d'ivresse
    Dans ce noir océan où l'autre est enfermé;
    Et mon esprit subtil que le roulis caresse
    Saura vous retrouver, ô féconde paresse!
    Infinis bercements du loisir embaumé!

    Cheveux bleus, pavillon de ténèbres tendues,
    Vous me rendez l'azur du ciel immense et rond;
    Sur les bords duvetés de vos mèches tordues
    Je m'enivre ardemment des senteurs confondues
    De l'huile de coco, du musc et du goudron.

    Longtemps! toujours! ma main dans ta crinière lourde
    Sèmera le rubis, la perle et le saphir,
    Afin qu'à mon désir tu ne sois jamais sourde!
    N'es-tu pas l'oasis où je rêve, et la gourde
    Où je hume à longs traits le vin du souvenir?

    Charles Beaudelaire
     
  3. BlackKwolph

    BlackKwolph Astronome

    Inscription:
    17. Oct 2015
    Messages :
    1.430
    "J'aime" reçus :
    37.627
    De saison, l'un de ces textes simples et tendres que l'on apprend en primaire et n'oublie jamais .

    Mars

    Il tombe encore des grêlons,
    Mais on sait bien que c'est pour rire.
    Quand les nuages se déchirent,
    Le ciel écume de rayons.

    Le vent caresse les bourgeons
    Si longuement qu'il les fait luire.
    Il tombe encore des grêlons,
    Mais on sait bien que c'est pour rire.

    Les fauvettes et les pinsons
    Ont tant de choses à se dire
    Que dans les jardins en délire
    On oublie les premiers bourdons.
    Il tombe encore des grêlons …

    (Maurice Carême, La lanterne magique, 1947)
     
  4. Lyuba

    Lyuba Laborantin

    Inscription:
    23. Déc 2018
    Messages :
    91
    "J'aime" reçus :
    2.021
    Extrait de La Nuit des temps de René Barjavel

    "Tu me comprends, tu avais compris, peut-être pas tous les mots, mais assez de mots pour savoir combien, combien je t'aimais. je t'aime, l'amour, amour, ces mots n'ont pas de sens dans votre langue, mais tu les avais compris, tu savais ce qu'ils voulaient dire, ce que je voulais te dire, et s'ils ne t'avaient pas apporté l'oubli et la paix, ils t'avaient donné, apporté, posé sur toi assez de chaleur pour te permettre de pleurer.

    Tu avais compris. Comment était-ce possible ? Je n'avais pas compté, personne de nous ne comptait avec les facultés exceptionnelles de ton intelligence. Nous nous croyons à la pointe du progrès humain, nous sommes les plus évolués ! les plus affûtés ! les plus capables ! le brillant résultat extrême de l'évolution. Après nous, il y aura peut-être, il y aura sans doute mieux, mais avant nous, voyons, ce n'est pas possible ! Malgré toutes les réalisations de Gondawa que tu nous avait montrées, il ne pouvait pas nous venir à l'esprit que vous nous fussiez supérieurs. Votre réussite ne pouvait être qu'accidentelle. Vous nous étiez inférieurs puisque vous étiez avant."
     
    grand mechant loup aime cela.
  5. Lyuba

    Lyuba Laborantin

    Inscription:
    23. Déc 2018
    Messages :
    91
    "J'aime" reçus :
    2.021
    Est-ce ainsi que les hommes vivent

    Tout est affaire de décor
    Changer de lit changer de corps
    À quoi bon puisque c'est encore
    Moi qui moi-même me trahis
    Moi qui me traîne et m'éparpille
    Et mon ombre se déshabille
    Dans les bras semblables des filles
    Où j'ai cru trouver un pays.
    Cœur léger cœur changeant cœur lourd
    Le temps de rêver est bien court
    Que faut-il faire de mes nuits
    Que faut-il faire de mes jours
    Je n'avais amour ni demeure
    Nulle part où je vive ou meure
    Je passais comme la rumeur
    Je m'endormais comme le bruit.
    C'était un temps déraisonnable
    On avait mis les morts à table
    On faisait des châteaux de sable
    On prenait les loups pour des chiens
    Tout changeait de pôle et d'épaule
    La pièce était-elle ou non drôle
    Moi si j'y tenais mal mon rôle
    C'était de n'y comprendre rien
    Est-ce ainsi que les hommes vivent
    Et leurs baisers au loin les suivent
    Dans le quartier Hohenzollern
    Entre La Sarre et les casernes
    Comme les fleurs de la luzerne
    Fleurissaient les seins de Lola
    Elle avait un cœur d'hirondelle
    Sur le canapé du bordel
    Je venais m'allonger près d'elle
    Dans les hoquets du pianola.
    Le ciel était gris de nuages
    Il y volait des oies sauvages
    Qui criaient la mort au passage
    Au-dessus des maisons des quais
    Je les voyais par la fenêtre
    Leur chant triste entrait dans mon être
    Et je croyais y reconnaître
    Du Rainer Maria Rilke.
    Est-ce ainsi que les hommes vivent
    Et leurs baisers au loin les suivent.
    Elle était brune elle était blanche
    Ses cheveux tombaient sur ses hanches
    Et la semaine et le dimanche
    Elle ouvrait à tous ses bras nus
    Elle avait des yeux de faïence
    Elle travaillait avec vaillance
    Pour un artilleur de Mayence
    Qui n'en est jamais revenu.
    Il est d'autres soldats en ville
    Et la nuit montent les civils
    Remets du rimmel à tes cils
    Lola qui t'en iras bientôt
    Encore un verre de liqueur
    Ce fut en avril à cinq heures
    Au petit jour que dans ton cœur
    Un dragon plongea son couteau
    Est-ce ainsi que les hommes vivent
    Et leurs baisers au loin les suivent


    Louis Aragon - Le Roman inachevé




     
    BlackKwolph aime cela.
  6. Barbara99

    Barbara99 Navigateur

    Inscription:
    17. Juil 2017
    Messages :
    600
    "J'aime" reçus :
    3.188
    Je me suis souvenu de ce texte après avoir lu la discussion sur la Cathédrale



    la traduction en francais ( par google , ça va pas être au top, mais compréhensible, j'éspere )

    Une histoire de dieu

    Quand, après beaucoup d'hésitation, Dieu rentra chez lui,
    C'était beau temps fabuleux.
    Et la première chose que Dieu fit fut d'ouvrir les fenêtres
    de l'ouvrir pour bien aérer sa maison.

    Et Dieu pensa
    "Je vais étirer mes jambes pendant un moment avant de manger."
    Et il a descendu la colline jusqu'au village dont il était
    Je savais que c'était là.
    Et la première chose qui frappa Dieu fut qu’il se trouvait au centre du village
    quelque chose était arrivé pendant son absence
    ce qu'il n'a pas reconnu.

    Au milieu de la place se trouvait une masse avec une coupole
    et une flèche qui pointait vers le haut avec pédantisme.
    Et Dieu courut à pas de géant en bas de la colline,
    pris d'assaut l'escalier monumental
    et était dans une étrange,
    chambre humide-froide, semi-sombre, moisi.

    Et cette pièce était pleine de toutes sortes d'images étranges,
    beaucoup de mères avec des enfants avec des cerceaux sur la tête
    et une statue presque sadique d'un homme
    sur un sommier à lattes.
    Et la salle a été éclairée par un certain nombre de graisseux,
    blanc jaunâtre, substances chamoises,
    à partir de laquelle la lumière a fui.

    Il a également vu une foule très improbable
    petits gars courent avec des bruns foncés et
    robes noires et livres épais en dessous
    aisselles fatiguées, même à distance
    sentait légèrement moisi.

    "Viens ici, qu'est-ce que c'est?"
    "Qu'est-ce que c'est ... c'est une église, mon ami.
    C'est la maison de Dieu. mon ami. "
    "Ah, si c'est la maison de Dieu, mon garçon,
    pourquoi les fleurs ne fleurissent pas ici alors,
    pourquoi l'eau ne coule-t-elle pas ici et pourquoi?
    Le soleil ne brille-t-il pas ici alors, mon garçon? "
    "Je ne le sais pas."

    "Est-ce que beaucoup de gens viennent ici, mon garçon?"
    "Hmm, ça va un peu en arrière ces derniers temps,
    mon ami. "
    "Et d'où ça vient, à votre avis,
    ou n'en avez-vous pas? "
    "C'est le diable, le diable est dans les gens
    vers le bas. Les gens pensent aujourd'hui,
    qu'ils sont eux-mêmes Dieu et préfèrent s'asseoir
    ses fesses au soleil. "
    "Hmm."

    Et Dieu sifflait joyeusement hors de l'église
    Sur la place, il en a vu un petit gars assis au soleil sur un banc.
    Et Dieu se poussa à côté du petit homme, croisé ses jambes les unes sur les autres
    et dit "collègue".


    J'ai été très choqué par l'incendie de la cathédrale, j'étais amoureux du charpente, quel travail merveilleux et en quelques minutes..... rien

    Ce texte me venue, lorsque j'ai lu le lendemain, que beaucoup de fonds avaient été collectés en une nuit pour la reconstruction. Pour une maison de Dieu dans laquelle personne ne vit et combien de personnes vivent à Paris dans la rue ....
     
    Kristillera, Lyuba, Florn et 2 autres aiment ceci.
  7. BlackKwolph

    BlackKwolph Astronome

    Inscription:
    17. Oct 2015
    Messages :
    1.430
    "J'aime" reçus :
    37.627
    C'est un très beau texte, très juste. Surtout le passage sur la flèche qui s'élève avec pédantisme :-D quelle excellente approche de l'architecture gothique.:up:
    Ce n'est pas une "maison de Dieu" qu'il convient de reconstruire, mais plutôt un souvenir de l'art de nos ancêtres (qui n'étaient pas les miens, eux viennent de bien plus loin) à tous. Un pan de l'histoire de la chrétienté, de l'humanité. Mais Dieu n'est effectivement pas dans ces murs. :-)
     
    Lyuba, Florn, kyhd et 1 autre personne aiment ceci.
  8. cathyscarsdale

    cathyscarsdale Missionnaire

    Inscription:
    13. Oct 2017
    Messages :
    509
    "J'aime" reçus :
    4.437
    Notre-Dame est bien vieille : on la verra peut-être
    Enterrer cependant Paris qu’elle a vu naître ;
    Mais, dans quelque mille ans, le Temps fera broncher
    Comme un loup fait un bœuf, cette carcasse lourde,
    Tordra ses nerfs de fer, et puis d’une dent sourde
    Rongera tristement ses vieux os de rocher !

    Bien des hommes, de tous les pays de la terre
    Viendront, pour contempler cette ruine austère,
    Rêveurs, et relisant le livre de Victor :
    — Alors ils croiront voir la vieille basilique,
    Toute ainsi qu’elle était, puissante et magnifique,
    Se lever devant eux comme l’ombre d’un mort !

    Gerard de Nerval
     
  9. Lyuba

    Lyuba Laborantin

    Inscription:
    23. Déc 2018
    Messages :
    91
    "J'aime" reçus :
    2.021
    À la première Pâque il fleurit des lilas
    La terre est toute verte oublieuse d'hiver
    Tout le ciel est dans l'herbe et se voit à l'envers
    À la première Pâque

    À la Pâque d'été j'ai perdu mon latin
    Il fait si bon dormir dans l'abri d'or des meules
    Quand le jour brûle bien la paille des éteules
    À la Pâque d'été

    À la Pâque d'hiver il soufflait un grand vent
    Ouvrez ouvrez la porte à ces enfants de glace
    Mais les feux sont éteints où vous prendriez place
    À la Pâque d'hiver.

    Trois Pâques ont passé revient le Nouvel An
    C'est à chacun son tour cueillir les perce-neige
    L'orgue tourne aux chevaux la chanson du manège
    Trois Pâques ont passé

    Revient le Nouvel An qui porte un tablier
    Comme un grand champ semé de neuves violettes
    Et la feuille verdit sur la forêt squelette
    Revient le Nouvel An.

    Saisons de mon pays variables saisons
    Qu'est-ce que cela fait si ce n'est plus moi-même
    Qui sur les murs écris le nom de ce que j'aime
    Saisons de mon pays
    Saisons belles saisons.

    Louis Aragon - Le Nouveau Crève-cœur
     
    cathyscarsdale aime cela.
  10. Myst The Great

    Myst The Great Ouvrier

    Inscription:
    21. Fév 2018
    Messages :
    37
    "J'aime" reçus :
    1.357
    "Don’t ask her to be a rock for you to lean upon.
    Instead, build her wings, and point her to the sky,
    and she will teach you both how to fly."

    "Love Her Wild" \ Atticus_
    Edition originale: Atria Books / 07/2017

    Bonne fin de semaine à tous :-)
     
    Dernière édition: 13. Mai 2019
  11. Lyuba

    Lyuba Laborantin

    Inscription:
    23. Déc 2018
    Messages :
    91
    "J'aime" reçus :
    2.021
    Mais seule…
    Une femme seule
    Dedans son abîme sans fond
    Monte une échelle invisible
    Au rythme…
    De sa silencieuse respiration.
    Esther Nirina

    --------------------

    Parfois

    Parfois, je suis ce désert inutile où la rosée
    De l'aurore n’étend même pas ses bras
    Pour éviter le souffle de l’harmattan glacé
    Juste un sol assoiffé, un pays de non droit.
    Parfois, les nénuphars du jour me parlent
    Et j’hérite de promesses tièdes pour croire
    Que la carte du destin peut être changée
    Sans avoir à colorier le tain de mon miroir.
    Parfois, l’ombre se vautre dans la nostalgie
    Atrophiant le cœur prisonnier de chimères.
    A fleur de mots, les parenthèses sans vie
    Ouvrent le passé et tombent dans l’ornière.
    Parfois, je cours le long des routes bleues
    Franchissant les cols, en quête de l’absolu
    Mais la brume mélancolique des désaveux
    Chevauche, impudique, le songe mis à nu.
    Et, je couds sur le temps chargé de solitude
    Des alizés d’espoir pour mieux m’envoler
    Tout en dirigeant ma girouette vers le sud
    Pour oublier les caprices d’un ciel déchiré.
    Puis, j’essaie de choisir dans la providence
    Entre le crépuscule et les jours en jachère
    Les pâturages de soleil même si la distance
    Paraît longue avant d’atteindre la lumière.
    Si, sous la pierre, s’est réfugiée l’inquiétude
    C’est parce que les saisons se sont usées.
    Sous le linceul givré de toutes les certitudes
    Gisent les lambeaux des rêves de ce passé.
    Dans le plomb du rideau, je cache l’espérance
    Pour éviter qu’elle n’ait envie de s’échapper
    Dans les méandres d’une autre malchance.
    Parfois, j’aimerai qu’elle ait envie de rester.

    Sedna -
    poétesse du net
     
    Thorswall et grand mechant loup aiment cela.
  12. kyhd

    kyhd Chevalier

    Inscription:
    17. Mar 2018
    Messages :
    176
    "J'aime" reçus :
    1.638
    La lune blanche …

    La lune blanche
    Luit dans les bois ;
    De chaque branche
    Part une voix
    Sous la ramée…

    Ô bien-aimée.

    L’étang reflète,
    Profond miroir,
    La silhouette
    Du saule noir
    Où le vent pleure…

    Rêvons, c’est l’heure.

    Un vaste et tendre
    Apaisement
    Semble descendre
    Du firmament
    Que l’astre irise…

    C’est l’heure exquise.

    Paul Verlaine.
     
  13. Lyuba

    Lyuba Laborantin

    Inscription:
    23. Déc 2018
    Messages :
    91
    "J'aime" reçus :
    2.021
    « Je sais maintenant, grâce aux récits intimes de mon for intérieur, et aux histoires des enfances fracassées, qu’il est toujours possible d’écrire des soleils. Combien, parmi les écrivains, d’enfants orphelins, d’enfants négligés, rejetés, qui, tous, ont combattu la perte avec des mots écrits ? Pour eux, le simple fait d’écrire changea le goût du monde. Le manque invite à la créativité. La perte invite à l’art, l’orphelinage invite au roman. Une vie sans actions, sans rencontres et sans chagrins ne serait qu’une existence sans plaisirs et sans rêves, un gouffre de glace. Crier son désespoir n’est pas une écriture, il faut chercher les mots qui donnent forme à la détresse pour mieux la voir, hors de soi. Il faut mettre en scène l’expression de son malheur. L’écriture comble le gouffre de la perte, mais il ne suffit pas d’écrire pour retrouver le bonheur. En écrivant, en raturant, en gribouillant des flèches dans tous les sens, l’écrivain raccommode son moi déchiré. Les mots écrits métamorphosent la souffrance. »
    Boris Cyrulnik

    [​IMG]
    Critique : "Un livre bouleversant, de témoignage et d’émotion, où Boris Cyrulnik convoque les déchirures d’écrivains célèbres, les conjugue à l’aune de ses propres souffrances pour mieux convaincre chacun de nous des bienfaits de l’imaginaire, de la puissance du rêve, des pouvoirs de guérison que recèle l’écriture."
     
  14. bouncer13800

    bouncer13800 Laborantin

    Inscription:
    2. Sep 2013
    Messages :
    88
    "J'aime" reçus :
    57
    Prosternez-vous devant votre roi
    Adorez-le de tout votre coeur
    Faites monter
    Vers sa Majesté
    Un chant de gloire, pour votre Roi des rois


    Hymne à Dieu
     
  15. -Fury-

    -Fury- Ouvrier

    Inscription:
    7. Nov 2018
    Messages :
    46
    "J'aime" reçus :
    256
    Tiens, j'avais jamais été dans ce sujet....


    " Les explications vont bien pour les choses pratiques, mais sont déplacées pour la beauté, l'amour et la simple présence.
    Juste laissez les choses être. Aimez le mystère au lieu de résoudre l'énigme...
    "


    :-p
     
    Kristillera, kyhd et pn1908 aiment ceci.
  16. kyhd

    kyhd Chevalier

    Inscription:
    17. Mar 2018
    Messages :
    176
    "J'aime" reçus :
    1.638
    Le regard.

    Cache-moi ton regard plein d'âme et de tristesse,
    Dont la langueur brûlante affaiblit ma raison ;
    De l'amour qu'il révèle il m'apprendrait l'ivresse ;
    Pour les infortunés son charme est un poison.

    Lèves-tu sur mes yeux ta paupière tremblante,
    C'est le ciel qui s'entr'ouvre et sourit au malheur ;
    C'est un rayon divin, une étoile brillante,
    Qui perce la nuit sombre où gémissait mon cœur.

    Oui, la douleur s'envole ; et mon âme ravie
    Suit la douce clarté qui ne peut m'éblouir.
    Éviter ton regard, c'est repousser la vie ;
    Attache-le sur moi, je ne puis plus le fuir.

    Marceline Desbordes-Valmore.
     
    Kristillera aime cela.
  17. Lyuba

    Lyuba Laborantin

    Inscription:
    23. Déc 2018
    Messages :
    91
    "J'aime" reçus :
    2.021
    Léger comme l'été, et tous ces livres, que l'on grignote avec plaisir, sans prise de tête !

    "Pour finir la mère de Marie-José a apporté un grand plat, c'était la cérémonie du dessert, encore un truc italien, qui méritait un compliment.

    - Génial ! Un kamasutra ! Merci, j'adore ça !

    J'ai tendu mon assiette avec le super sourire de reconnaissance.

    C'était la consternation totale, je m'en suis bien rendu compte, car je les surveillais du coin de l'œil.

    - Un...un quoi ? a demandé Marie-José en détachant les syllabes.

    - Un kamasutra, quoi, le dessert italien, là. On va le manger ou le mettre au musée ?

    - Ça y est, j'ai compris, a dit le père de Marie-José. Un tiramisu ?

    - Voilà, j'ai confirmé : un tiramisu.

    Il y a eu un moment de recueillement, avec une ambiance divine d'exception.

    Dans l'ensemble j'ai trouvé que j'avais fait une superbe impression."
    Extrait de Le Coeur en Braille de Pascal Ruter

    à lire aussi
    [​IMG]

    Je n'ai pas trouvé de discussion, où l'on échange sur des livres, alors j'ai posté ici, si besoin vous pouvez modifier
    Edit modération : Mais tu as trouvé le sujet idéal, nul besoin de modifier
     
    Dernière édition par un modérateur: 5. Aou 2019
  18. Lyuba

    Lyuba Laborantin

    Inscription:
    23. Déc 2018
    Messages :
    91
    "J'aime" reçus :
    2.021
    Pluie d'été

    Que la soirée est fraîche et douce !
    Oh ! viens ! il a plu ce matin ;
    Les humides tapis de mousse
    Verdissent tes pieds de satin.
    L’oiseau vole sous les feuillées,
    Secouant ses ailes mouillées ;
    Pauvre oiseau que le ciel bénit !
    Il écoute le vent bruire,
    Chante, et voit des gouttes d’eau luire,
    Comme des perles, dans son nid.

    La pluie a versé ses ondées ;
    Le ciel reprend son bleu changeant ;
    Les terres luisent fécondées
    Comme sous un réseau d’argent.
    Le petit ruisseau de la plaine,
    Pour une heure enflé, roule et traîne
    Brins d’herbe, lézards endormis,
    Court, et précipitant son onde
    Du haut d’un caillou qu’il inonde,
    Fait des Niagaras aux fourmis !

    Tourbillonnant dans ce déluge,
    Des insectes sans avirons,
    Voguent pressés, frêle refuge !
    Sur des ailes de moucherons ;
    D’autres pendent, comme à des îles,
    A des feuilles, errants asiles ;
    Heureux, dans leur adversité,
    Si, perçant les flots de sa cime,
    Une paille au bord de l’abîme
    Retient leur flottante cité !

    Les courants ont lavé le sable ;
    Au soleil montent les vapeurs,
    Et l’horizon insaisissable
    Tremble et fuit sous leurs plis trompeurs.
    On voit seulement sous leurs voiles,
    Comme d’incertaines étoiles,
    Des points lumineux scintiller,
    Et les monts, de la brume enfuie,
    Sortir, et, ruisselants de pluie,
    Les toits d’ardoise étinceler.

    Viens errer dans la plaine humide.
    À cette heure nous serons seuls.
    Mets sur mon bras ton bras timide ;
    Viens, nous prendrons par les tilleuls.
    Le soleil rougissant décline
    Avant de quitter la colline,
    Tourne un moment tes yeux pour voir,
    Avec ses palais, ses chaumières,
    Rayonnants des mêmes lumières,
    La ville d’or sur le ciel noir.

    Oh ! vois voltiger les fumées
    Sur les toits de brouillards baignés !
    Là, sont des épouses aimées,
    Là, des cœurs doux et résignés.
    La vie, hélas ! dont on s’ennuie,
    C’est le soleil après la pluie. —
    Le voilà qui baisse toujours !
    De la ville, que ses feux noient,
    Toutes les fenêtres flamboient
    Comme des yeux au front des tours.

    L’arc-en-ciel ! l’arc-en-ciel ! Regarde. —
    Comme il s’arrondit pur dans l’air !
    Quel trésor le Dieu bon nous garde
    Après le tonnerre et l’éclair !
    Que de fois, sphères éternelles,
    Mon âme a demandé ses ailes,
    Implorant quelque Ithuriel,
    Hélas ! pour savoir à quel monde
    Mène cette courbe profonde,
    Arche immense d’un pont du ciel !

    Victor Hugo


    [​IMG]
     
    BlackKwolph et Florn aiment cela.
  19. Lyuba

    Lyuba Laborantin

    Inscription:
    23. Déc 2018
    Messages :
    91
    "J'aime" reçus :
    2.021
    [​IMG]
    Texte du 16 ème siècle.
    Issu de « lettre de civilité » semble t'il
     
  20. Lyuba

    Lyuba Laborantin

    Inscription:
    23. Déc 2018
    Messages :
    91
    "J'aime" reçus :
    2.021
    Les loups

    Parmi l'obscur champ de bataille
    Rôdant sans bruit sous le ciel noir
    Les loups obliques font ripaille
    Et c'est plaisir que de les voir,

    Agiles, les yeux verts, aux pattes
    Souples sur les cadavres mous,
    — Gueules vastes et têtes plates —
    Joyeux, hérisser leurs poils roux.

    Un rauquement rien moins que tendre
    Accompagne les dents mâchant
    Et c'est plaisir que de l'entendre,
    Cet hosannah vil et méchant.

    « Chair entaillée et sang qui coule
    Les héros ont du bon vraiment.
    La faim repue et la soif soûle
    Leur doivent bien ce compliment.
    « Mais aussi, soit dit sans reproche,
    Combien de peines et de pas
    Nous a coûtés leur seule approche,
    On ne l'imaginerait pas.

    « Dès que, sans pitié ni relâches,
    Sonnèrent leurs pas fanfarons
    Nos cœurs de fauves et de lâches,
    À la fois gourmands et poltrons,

    « Pressentant la guerre et la proie
    Pour maintes nuits et pour maints jours
    Battirent de crainte et de joie
    À l'unisson de leurs tambours.

    « Quand ils apparurent ensuite
    Tout étincelants de métal,
    Oh, quelle peur et quelle fuite
    Vers la femelle, au bois natal !

    « Ils allaient fiers, les jeunes hommes,
    Calmes sous leur drapeau flottant,
    Et plus forts que nous ne le sommes
    Ils avaient l'air très doux pourtant.

    « Le fer terrible de leurs glaives
    Luisait moins encor que leurs yeux
    Où la candeur d'augustes rêves
    Éclatait en regards joyeux.

    « Leurs cheveux que le vent fouette
    Sous leurs casques battaient, pareils
    Aux ailes de quelque mouette,
    Pâles avec des tons vermeils.

    « Ils chantaient des choses hautaines !
    Ça parlait de libres combats,
    D'amour, de brisements de chaînes
    Et de mauvais dieux mis à bas. —

    « Ils passèrent. Quand leur cohorte
    Ne fut plus là-bas qu'un point bleu,
    Nous nous arrangeâmes en sorte
    De les suivre en nous risquant peu.

    « Longtemps, longtemps rasant la terre,
    Discrets, loin derrière eux, tandis
    Qu'ils allaient au pas militaire,
    Nous marchâmes par rangs de dix,

    « Passant les fleuves à la nage
    Quand ils avaient rompu les ponts
    Quelques herbes pour tout carnage,
    N'avançant que par faibles bonds,

    « Perdant à tout moment haleine...
    Enfin une nuit ces démons
    Campèrent au fond d'une plaine
    Entre des forêts et des monts.

    « Là nous les guettâmes à l'aise,
    Car ils dormaient pour la plupart.
    Nos yeux pareils à de la braise
    Brillaient autour de leur rempart,

    « Et le bruit sec de nos dents blanches
    Qu'attendaient des festins si beaux
    Faisaient cliqueter dans les branches
    Le bec avide des corbeaux.

    « L'aurore éclate. Une fanfare
    Épouvantable met sur pied
    La troupe entière qui s'effare.
    Chacun s'équipe comme il sied.

    « Derrière les hautes futaies
    Nous nous sommes dissimulés
    Tandis que les prochaines haies
    Cachent les corbeaux affolés.

    « Le soleil qui monte commence
    À brûler. La terre a frémi.
    Soudain une clameur immense
    A retenti. C'est l'ennemi !

    « C'est lui, c'est lui ! Le sol résonne
    Sous les pas durs des conquérants.
    Les polémarques en personne
    Vont et viennent le long des rangs.

    « Et les lances et les épées
    Parmi les plis des étendards
    Flambent entre les échappées
    De lumières et de brouillards.

    « Sur ce, dans ses courroux épiques
    La jeune bande s'avança,
    Gaie et sereine sous les piques,
    Et la bataille commença.

    « Ah, ce fut une chaude affaire :
    Cris confus, choc d'armes, le tout
    Pendant une journée entière
    Sous l'ardeur rouge d'un ciel d'août.

    « Le soir. — Silence et calme. À peine
    Un vague moribond tardif
    Crachant sa douleur et sa haine
    Dans un hoquet définitif ;

    « À peine, au lointain gris, le triste
    Appel d'un clairon égaré.
    Le couchant d'or et d'améthyste
    S'éteint et brunit par degré.

    « La nuit tombe. Voici la lune !
    Elle cache et montre à moitié
    Sa face hypocrite comme une
    Complice feignant la pitié.

    « Nous autres qu'un tel souci laisse
    Et laissera toujours très cois,
    Nous n'avons pas cette faiblesse,
    Car la faim nous chasse du bois,

    « Et nous avons de quoi repaître
    Cet impérial appétit,
    Le champ de bataille sans maître
    N'étant ni vide ni petit.

    « Or, sans plus perdre en phrases vaines
    Dont quelque sot serait jaloux
    Cette heure de grasses aubaines,
    Buvons et mangeons, nous, les Loups ! »

    Paul Verlaine.
     

Haut de page