• Événement Halloween 2020

    Dans l'événement d'Halloween de cette année, votre donneur de quête sera monsieur Loyal. Il vous fera visiter les attractions et vous invitera à le rejoindre pour une visite de sa fête foraine brumeuse. Pour plus de détails, vous pouvez cliquer ici !
  • Problèmes sur Chrome 86

    Forgiennes et Forgiens,
    Certains de nos utilisateurs rencontrent actuellement des difficultés avec la dernière version de chrome..
    Pour en savoir plus, vous pouvez cliquer ici.
  • Amélioration des fonctionnalités sociales en début de jeu

    Forgiennes et Forgiens,
    Pour ne pas submerger les nouveaux joueurs avec toutes les options que le jeu a à offrir, nous avons décidé d'apporter des modifications au jeu lors du commencement d'une nouvelle cité.
    Pour en savoir plus, vous pouvez cliquer ici.
  • Mise à jour 1.189

    Forgiennes et Forgiens,
    La mise à jour 1.189 aura lieu le mercredi 14 octobre. Comme d'habitude, il y aura une courte interruption des serveurs pendant la mise à jour et nous vous prions de nous excuser pour ce petit désagrément.
    Pour une description détaillée des changements à venir, veuillez cliquer ici.

Au plaisir des yeux...

Rivelina

Guest
LA VIERGE NOIRE

Elle a les yeux pareils à d'étranges flambeaux
Et ses cheveux d'or faux sur ses maigres épaules,
Dans des subtiles frissons de feuillages de saules,
L'habillent comme font les cyprès des tombeaux.


Elle porte toujours ses robes par lambeaux,
Elle est noire et méchante; or qu'on la mette aux geôles,
Qu'on la batte à jamais à grands fouets de tôles.
Gare d'elle, mortels, c'est la chair des corbeaux!


Elle avait souri d'une bonté profonde,
Je l'aurais crue aimable et sans souci du monde
Nous nous serions tenus, elle et moi par les mains.


Mais, quand je lui parlai, le regard noir d'envie,
Elle me dit: «Tes pas ont souillé mes chemins.»
Certes tu la connais, on l'appelle la Vie!


Emile Nelligan
 

Lyuba

Parachutiste
Allégorie
C'est une femme belle et de riche encolure,
Qui laisse dans son vin traîner sa chevelure.
Les griffes de l'amour, les poisons du tripot,
Tout glisse et tout s'émousse au granit de sa peau.
Elle rit à la mort et nargue la Débauche,
Ces monstres dont la main, qui toujours gratte et fauche,
Dans ses jeux destructeurs a pourtant respecté
De ce corps ferme et droit la rude majesté.
Elle marche en déesse et repose en sultane ;
Elle a dans le plaisir la foi mahométane,
Et dans ses bras ouverts, que remplissent ses seins,
Elle appelle des yeux la race des humains.
Elle croit, elle sait, cette vierge inféconde
Et pourtant nécessaire à la marche du monde,
Que la beauté du corps est un sublime don
Qui de toute infamie arrache le pardon.
Elle ignore l'Enfer comme le Purgatoire,
Et quand l'heure viendra d'entrer dans la Nuit noire,
Elle regardera la face de la Mort,
Ainsi qu'un nouveau-né, - sans haine et sans remord.
Charles BAUDELAIRE
 

Rivelina

Guest
Bonne année à vous tous.

Au pays des merveilles, je commande l'année
L'année, l'année nouvelle que j'aimerais souhaiter
À ceux qui, sur la Terre, n'ont jamais vu la paix
Qui rêvent d'une aurore où déposer leur faix.

Au pays des merveilles je demande la joie
Pour ceux à qui la vie n'a pas donné le choix,
Pour ceux dont la souffrance a éteint le regard,
Pour tous ceux qui s'enfuient dans le train du brouillard.

Au pays des merveilles j'entends des cris d'enfants
Qui ne connaissent pas, de la vie, les tourments
Que l'on aime pour eux, sans esprit de retour
Des enfants épanouis au jardin de l'amour.

Bonne année à vous tous au pays des merveilles,
Et que vos mains tendues appellent le soleil :
Dans le fond des cachots, certains ont vu l'espoir
Venir sans s'annoncer, les chercher dans le noir !


Michèle Corti
 

Lyuba

Parachutiste
Mon cher ami,

À cette époque de l'année où l'usage exige que des personnes, souvent bien indifférentes l'une à l'autre, s'accablent de compliments et de vœux de toutes sortes, il serait bien singulier que la véritable amitié fût muette. Pour moi, j'avais hâte d'en finir avec toutes ces lettres où le cœur ne croit rien de ce que dit la plume, pour avoir le plaisir de t'écrire ces quelques mots, en souvenir de notre vieille affection. Tu me dispenseras facilement, je pense, de t'adresser d'inutiles compliments ; et, si pourtant il faut, à toute force, t'exprimer un vœu dans une lettre de bonne année, je forme celui de te serrer bientôt cordialement la main.

Ton ami...
 

Kristillera

Forgeur d'Or
Ses yeux sont des tours de lumières
Sous le front de sa nudité.

À fleur de transparence
Les retours de pensées
Annulent les mots qui sont sourds.
Elle efface toutes les images
Elle éblouie l’amour et ses ombres rétives
Elle aime — elle aime à s’oublier.

Paul Eluard
 

Lyuba

Parachutiste
Désirs
Le rêve pour les uns serait d’avoir des ailes,
De monter dans l’espace en poussant de grands cris,
De prendre entre leurs doigts les souples hirondelles,
Et de se perdre, au soir, dans les cieux assombris.

D’autres voudraient pouvoir écraser des poitrines
En refermant dessus leurs deux bras écartés ;
Et, sans ployer des reins, les prenant aux narines,
Arrêter d’un seul coup les chevaux emportés.

Moi ; ce que j’aimerais, c’est la beauté charnelle :
Je voudrais être beau comme les anciens dieux,
Et qu’il restât aux cœurs une flamme éternelle
Au lointain souvenir de mon corps radieux.

Je voudrais que pour moi nulle ne restât sage,
Choisir l’une aujourd’hui, prendre l’autre demain ;
Car j’aimerais cueillir l’amour sur mon passage,
Comme on cueille des fruits en étendant la main.

Ils ont, en y mordant, des saveurs différentes ;
Ces arômes divers nous les rendent plus doux.
J’aimerais promener mes caresses errantes
Des fronts en cheveux noirs aux fronts en cheveux roux.

J’adorerais surtout les rencontres des rues,
Ces ardeurs de la chair que déchaîne un regard,
Les conquêtes d’une heure aussitôt disparues,
Les baisers échangés au seul gré du hasard.

Je voudrais au matin voir s’éveiller la brune
Qui vous tient étranglé dans l’étau de ses bras ;
Et, le soir, écouter le mot que dit tout bas
La blonde dont le front s’argente au clair de lune.

Puis, sans un trouble au cœur, sans un regret mordant,
Partir d’un pied léger vers une autre chimère.
– Il faut dans ces fruits-là ne mettre que la dent :
On trouverait au fond une saveur amère.

Guy de Maupassant
 

Rivelina

Guest
Correspondance

Cher ami,

Je suis toute émue de vous dire que j'ai
bien compris l'autre jour que vous aviez
toujours une envie folle de me faire
danser. Je garde le souvenir de votre
baiser et je voudrais bien que ce soit
une preuve que je puisse être aimée
par vous. Je suis prête à montrer mon
affection toute désintéressée et sans cal-
cul, et si vous voulez me voir ainsi
vous dévoiler, sans artifice, mon âme
toute nue, daignez me faire visite,
nous causerons et en amis franchement
je vous prouverai que je suis la femme
sincère, capable de vous offrir l'affection
la plus profonde, comme la plus étroite
amitié, en un mot : la meilleure épouse
dont vous puissiez rêver. Puisque votre
âme est libre, pensez que l'abandon où je
vis est bien long, bien dur et souvent bien
insupportable. Mon chagrin est trop
gros. Accourez bien vite et venez me le
faire oublier. À vous je veux me sou-
mettre entièrement.

Votre poupée

(Correspondance de George Sand à Alfred de Musset.
Conseil de lecture : Lire une ligne sur deux)


* * *


D'Alfred de Musset à George Sand.

Quand je mets à vos pieds un éternel hommage,
Voulez-vous qu'un instant je change de visage ?
Vous avez capturé les sentiments d'un coeur
Que pour vous adorer forma le créateur.
Je vous chéris, amour, et ma plume en délire
Couche sur le papier ce que je n'ose dire.
Avec soin de mes vers lisez les premiers mots,
Vous saurez quel remède apporter à mes maux.


* * *


De George Sand à Alfred de Musset.

Cette insigne faveur que votre coeur réclame
Nuit à ma renommée et répugne à mon âme.
 

BlackKwolph

Mathématicien
Un extrait de G. de Nerval

"De toutes les belles choses
Qui nous manquent en hiver,
Qu'aimez-vous mieux ? — Moi, les roses ;
— Moi, l'aspect d'un beau pré vert ;
— Moi, la moisson blondissante,
Chevelure des sillons ;
— Moi, le rossignol qui chante ;
— Et moi, les beaux papillons !

Le papillon, fleur sans tige,
Qui voltige,​
Que l'on cueille en un réseau ;
Dans la nature infinie,​
Harmonie
Entre la plante et l'oiseau !..."​
 

Kristillera

Forgeur d'Or
"Rien à faire à ça

Il y a un endroit du cœur qui

ne sera jamais rempli

un espace

et même aux
meilleurs instants
et
aux plus fabuleux
moments

nous le saurons

nous le saurons plus que jamais

il y a un endroit du cœur qui
ne sera jamais rempli

et

nous attendrons
encore et
encore

dans cet
espace."


Charles Bukowski
 

Thorswall

Navigateur
Le plus beau des cadeaux que puisse faire un ou une amie n'est pas seulement un bien quelconque, mais c'est toute la symbolique qui peut s'en dégager et toucher le cœur, ne pas le frôler, mais bien le pénétrer et qu'il accompagne, transmette une énergie vers l'esprit pour obtenir une harmonie, un bien-être de son âme !

Thorswall
 

Lyuba

Parachutiste
Le ballet des heures

Les heures sont des fleurs l’une après l’autre écloses
Dans l’éternel hymen de la nuit et du jour ;
Il faut donc les cueillir comme on cueille les roses
Et ne les donner qu’à l’amour.

Ainsi que de l’éclair, rien ne reste de l’heure,
Qu’au néant destructeur le temps vient de donner ;
Dans son rapide vol embrassez la meilleure,
Toujours celle qui va sonner.

Et retenez-la bien au gré de votre envie,
Comme le seul instant que votre âme rêva ;
Comme si le bonheur de la plus longue vie
Était dans l’heure qui s’en va.

Vous trouverez toujours, depuis l’heure première
Jusqu’à l’heure de nuit qui parle douze fois,
Les vignes, sur les monts, inondés de lumière,
Les myrtes à l’ombre des bois.

Aimez, buvez, le reste est plein de choses vaines ;
Le vin, ce sang nouveau, sur la lèvre versé,
Rajeunit l’autre sang qui vieillit dans vos veines
Et donne l’oubli du passé.

Que l’heure de l’amour d’une autre soit suivie,
Savourez le regard qui vient de la beauté ;
Être seul, c’est la mort ! Être deux, c’est la vie !
L’amour c’est l’immortalité !

Gérard de Nerval
 
Dernière édition:

Épicure 39 le Pacifiste

Force de frappe
Titre : Le positivisme
Poète : Louise Ackermann (1813-1890)
Recueil : Poésies philosophiques (1871).

Il s'ouvre par delà toute science humaine
Un vide dont la Foi fut prompte à s'emparer.
De cet abîme obscur elle a fait son domaine ;
En s'y précipitant elle a cru l'éclairer.
Eh bien ! nous t'expulsons de tes divins royaumes,
Dominatrice ardente, et l'instant est venu :
Tu ne vas plus savoir où loger tes fantômes ;
Nous fermons l'Inconnu.

Mais ton triomphateur expiera ta défaite.
L'homme déjà se trouble, et, vainqueur éperdu,
Il se sent ruiné par sa propre conquête :
En te dépossédant nous avons tout perdu.
Nous restons sans espoir, sans recours, sans asile,
Tandis qu'obstinément le Désir qu'on exile
Revient errer autour du gouffre défendu.

Louise Ackermann.
 

Lyuba

Parachutiste
Le Miroir d’un moment

Il dissipe le jour,
Il montre aux hommes les images déliées de l’apparence,
Il enlève aux hommes la possibilité de se distraire.
Il est dur comme la pierre,
La pierre informe,
La pierre du mouvement et de la vue,
Et son éclat est tel que toutes les armures, tous les masques en sont faussés.
Ce que la main a pris dédaigne même de prendre la forme de la main,
Ce qui a été compris n’existe plus,
L’oiseau s’est confondu avec le vent,
Le ciel avec sa vérité,
L’homme avec sa réalité.
Paul ÉLUARD
 

BlackKwolph

Mathématicien
La douceur pastorale de Wordsworth

"I listened, motionless and still;
And, as I mounted up the hill,
The music in my heart I bore,
Long after it was heard no more."

Calme et immobile, j'écoutais ;
Et, comme je grimpais la colline,
Mon coeur gardait la mélopée,
sans plus l'entendre depuis mâtines.
 

Lyuba

Parachutiste
Crépuscule
À Mademoiselle Marie Laurencin.

Frôlée par les ombres des morts
Sur l’herbe où le jour s’exténue
L’arlequine s’est mise nue
Et dans l’étang mire son corps

Un charlatan crépusculaire
Vante les tours que l’on va faire
Le ciel sans teinte est constellé
D’astres pâles comme du lait

Sur les tréteaux l’arlequin blême
Salue d’abord les spectateurs
Des sorciers venus de Bohême
Quelques fées et les enchanteurs

Ayant décroché une étoile
Il la manie à bras tendu
Tandis que des pieds un pendu
Sonne en mesure les cymbales

L’aveugle berce un bel enfant
La biche passe avec ses faons
Le nain regarde d’un air triste
Grandir l’arlequin trismégiste

Guillaume Apollinaire
 

bouncer13800

Chevalier
Allégorie de la sagesse extrait du livre des Proverbes.


La sagesse ne crie-t-elle pas? L'intelligence n'élève-t-elle pas sa voix?

C'est au sommet des hauteurs près de la route, C'est à la croisée des chemins qu'elle se place;

A côté des portes, à l'entrée de la ville, A l'intérieur des portes, elle fait entendre ses cris:

Hommes, c'est à vous que je crie, Et ma voix s'adresse aux fils de l'homme.

Stupides, apprenez le discernement; Insensés, apprenez l'intelligence.

Écoutez, car j'ai de grandes choses à dire, Et mes lèvres s'ouvrent pour enseigner ce qui est droit.

Car ma bouche proclame la vérité, Et mes lèvres ont en horreur le mensonge;

Toutes les paroles de ma bouche sont justes, Elles n'ont rien de faux ni de détourné;

Toutes sont claires pour celui qui est intelligent, Et droites pour ceux qui ont trouvé la science.

Préférez mes instructions à l'argent, Et la science à l'or le plus précieux

Car la sagesse vaut mieux que les perles, Elle a plus de valeur que tous les objets de prix.

Moi, la sagesse, j'ai pour demeure le discernement, Et je possède la science de la réflexion.
 

Deleted member 57420

Guest
L'hirondelle


Ô petite hirondelle
Qui bats de l'aile,
Et viens contre mon mur,
Comme abri sûr,
Bâtir d'un bec agile
Un nid fragile,
Dis-moi, pour vivre ainsi
Sans nul souci,
Comment fait l'hirondelle
Qui bat de l'aile ?

Moi, sous le même toit, je trouve tour à tour
Trop prompt, trop long, le temps que peut durer un jour.
J'ai l'heure des regrets et l'heure du sourire,
J'ai des rêves divers que je ne puis redire ;
Et, roseau qui se courbe aux caprices du vent,
L'esprit calme ou troublé, je marche en hésitant.
Mais, du chemin je prends moins la fleur que l'épine,
Mon front se lève moins, hélas ! qu'il ne s'incline ;
Mon cœur, pesant la vie à des poids différents,
Souffre plus des hivers qu'il ne rit des printemps.

Ô petite hirondelle
Qui bats de l'aile,
Et viens contre mon mur,
Comme abri sûr,
Bâtir d'un bec agile
Un nid fragile,
Dis-moi, pour vivre ainsi
Sans nul souci,
Comment fait l'hirondelle
Qui bat de l'aile ?

J'évoque du passé le lointain souvenir ;
Aux jours qui ne sont plus je voudrais revenir.
De mes bonheurs enfuis, il me semble au jeune agi
N'avoir pas à loisir savouré le passage,
Car la jeunesse croit qu'elle est un long trésor,
Et, si l'on a reçu, l'on attend plus encor.
L'avenir nous parait l'espérance éternelle,
Promettant, et restant aux promesses fidèle ;
On gaspille des biens que l'on rêve sans fin...
Mais, qu'on voudrait, le soir, revenir au matin !

Ô petite hirondelle
Qui bats de l'aile,
Et viens contre mon mur,
Comme abri sûr,
Bâtir d'un bec agile
Un nid fragile,
Dis-moi, pour vivre ainsi
Sans nul souci,
Comment fait l'hirondelle
Qui bat de l'aile ?

De mes jours les plus doux je crains le lendemain,
Je pose sur mes yeux une tremblante main.
L'avenir est pour nous un mensonge, un mystère ;
N'y jetons pas trop tôt un regard téméraire.
Quand le soleil est pur, sur les épis fauchés
Dormons, et reposons longtemps nos fronts penchés ;
Et ne demandons pas si les moissons futures
Auront des champs féconds, des gerbes aussi mûres.
Bornons notre horizon.... Mais l'esprit insoumis
Repousse et rompt le frein que lui-même avait mis.

Ô petite hirondelle
Qui bats de l'aile,
Et viens contre mon mur,
Comme abri sûr,
Bâtir d'un bec agile
Un nid fragile,
Dis-moi, pour vivre ainsi
Sans nul souci,
Comment fait l'hirondelle
Qui bat de l'aile ?

Souvent de mes amis j'imagine l'oubli :
C'est le soir, au printemps, quand le jour affaibli
Jette l'ombre en mon cœur ainsi que sur la terre ;
Emportant avec lui l'espoir et la lumière ;
Rêveuse, je me dis : « Pourquoi m'aimeraient-ils ?
De nos affections les invisibles fils
Se brisent chaque jour au moindre vent qui passe,
Comme on voit que la brise enlève au loin et casse
Ces fils blancs de la Vierge, errants au sein des cieux ;
Tout amour sur la terre est incertain comme eux ! »

Ô petite hirondelle
Qui bats de l'aile,
Et viens contre mon mur,
Comme abri sûr,
Bâtir d'un bec agile
Un nid fragile,
Dis-moi, pour vivre ainsi
Sans nul souci,
Comment fait l'hirondelle
Qui bat de l'aile ?

C'est que, petit oiseau, tu voles loin de nous ;
L'air qu'on respire au ciel est plus pur et plus doux.
Ce n'est qu'avec regret que ton aile légère,
Lorsque les cieux sont noirs, vient effleurer la terre.
Ah ! que ne pouvons-nous, te suivant dans ton vol,
Oubliant que nos pieds sont attachés au sol,
Élever notre cœur vers la voûte éternelle,
Y chercher le printemps comme fait l'hirondelle,
Détourner nos regards d'un monde malheureux,
Et, vivant ici-bas, donner notre âme aux cieux !

Ô petite hirondelle
Qui bats de l'aile,
Et viens contre mon mur,
Comme abri sûr,
Bâtir d'un bec agile
Un nid fragile,
Dis-moi, pour vivre ainsi
Sans nul souci,
Comment fait l'hirondelle
Qui bat de l'aile ?

Sophie d'Arbouville.
 

Lyuba

Parachutiste
Un mot, un regard, une larme.

Un mot, un regard, une larme,
Un geste, un soupir me désarme,
Mais ma fierté reste debout,
Et quand on s'obstine sans terme
Et que dans ses torts on est ferme,
Je n'ai plus à céder du tout.

Je puis comme un autre sans crainte
Mettre à couvert ma dignité ;
Je ne descends pas à la plainte,
Mais je méprise aussi la feinte
Et supprime l'intimité.

Mon coeur est rempli de faiblesse
Mais ne sait pas être importun ;
Si quelqu'un l'offense et le blesse,
Il se ferme, se tait et laisse
Agir à son aise chacun.

Jamais, sitôt qu'on le soupçonne,
Jamais il ne retient personne,
Et ne plaide pour son honneur.
Qui de lui pense mal ou doute
Est libre ; mais coûte que coûte,
Ne compte plus dans son bonheur.


Henri-Frédéric Amiel
Recueil : Journal intime (1872)
 

DeletedUser51572

Guest
Le Dormeur du Val

C'est un trou de verdure où chante une rivière
Accrochant follement aux herbes des haillons
D'argent ; où le soleil, de la montagne fière,
Luit : c'est un petit val qui mousse de rayons.

Un soldat jeune, bouche ouverte, tête nue,
Et la nuque baignant dans le frais cresson bleu,
Dort ; il est étendu dans l'herbe sous la nue,
Pâle dans son lit vert où la lumière pleut.

Les pieds dans les glaïeuls, il dort. Souriant comme
Sourirait un enfant malade, il fait un somme :
Nature, berce-le chaudement : il a froid.

Les parfums ne font pas frissonner sa narine ;
Il dort dans le soleil, la main sur sa poitrine
Tranquille. Il a deux trous rouges au côté droit.

Arthur Rimbaud